#3 DOSSIER : Les droits de la femme

« La situation tend à se dégrader. On assiste à un recul des droits des femmes dans le monde quelle que soit la zone géographique ou la classe sociale »

Daisy Schmitt, chargée du bureau droits des femmes de la Fédération Internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)

 

PETITE CHRONOLOGIE DES DROITS DES FEMMES EN FRANCE

« Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? »

Déclaration des Droits de la Femme de de la Citoyenne, Olympe de Gouges, 1791

Rédigé en 1791, ce pastiche critique de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen entend souligner la compréhension limitée du terme « homme » à la révolution française. En effet, si nous considérons aujourd’hui en France les femmes et les hommes égaux en droits, ce ne fut pas toujours le cas. Pour s’en rendre compte, voici une petite rétrospective des droits des femmes en France. Apres la révolution française, la situation des droits des femmes en France ne s’améliore pas immédiatement. En 1804, Le code civil prévoit par exemple que « le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance à son mari ». On est donc loin de l’égalité…

Le XIXeme siècle est un siècle de contractiction, partagé entre l’avancée incroyable des mentalités et des retours en arrrières réguliers :

  • En 1903, Marie Curie devient la première femme à recevoir le prix Nobel de physique ! VIDEO
  • Toutefois, en 1920, la loi assimile la contraception à l’avortement qui est considéré comme un crime, ce qui révèle les mentalités sexistes encore très fortes à l’époque.
  • Revirement en 1938 ! L’incapacité juridique de la femme mariée est supprimée et suite à la seconde guerre mondiale, le droit de vote et d’éligibilité des femmes est accordé en 1944 (bien qu’elle ait été réclamée depuis 1876 : Hubertine Auclert avait déjà fondé cette année-là la société Le droit des femmes qui soutenait le droit de vote pour les femmes…).

 

  • A partir de 1965, les femmes mariées peuvent enfin exercer une profession et ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari !
  • En 1967, la Loi Neuwirth autorise la contraception et en 1975, la loi Veil légalise l’IVG (lisez un article de l’UNESCO sur Simone Veil, une figure des droits des femmes ici).
  • En 1980, Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie française et en 1991, Edith Cresson devient la première femme 1er ministre.
  • Concernant l’égalité au travail, des avancées sont également faites, bien que tardives : en 1983, la loi Roudy pose le principe de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et en 2000 la première loi sur la parité politique est promulguée. VIDEO

En 2008, le principe d’égalité des sexes est incrit dans notre Constitution, la norme suprême en France.

ARTICLE PREMIER : “La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales.”

  • En 2010, les violences faites aux femmes au sein du couple sont reconnues par l’ordonnance de protection des victimes et du délit de harcèlement moral au sein du couple. En 2012, les parlementaires votent la loi n° 2012-954 du 6 août 2012, relative au harcèlement sexuel.

En France, les droits des femmes ont donc connu une longue évolution qui place aujourd’hui les femmes à l’égal des hommes sur le plan législatif … Mais qu’en est-il des autres pays du monde ? Et que dire face aux inégalités qui persistent malgré tout dans la pratique ?

 

LES FEMMES DANS LE MONDE

Après avoir fait un petit récapitulatif de l’évolution des droits des femmes en France, dépassons les frontières ! Où en est-on dans le monde ?

Des avancées immenses !

 En termes de scolarisation :

La scolarisation des filles progresse actuellement plus vite que celle des garçons: bien que la scolarisation augmente depuis 1970 pour les deux sexes, dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, les filles ont une progression plus grande.

On retrouve l’Europe centrale et orientale en tête des régions pour la réalisation de la parité (aux niveaux primaire et secondaire): 18 pays sont dans cette situation, sur 21 (dans la mesure des données sont disponibles). Lui succèdent l’Asie centrale et l’Amérique du Nord dans lesquelles la majorité des pays y est parvenue, ainsi que l’Europe occidentale.

En termes d’avancées économiques :

Il y a aujourd’hui plus de femmes engagées dans un travail reconnu et rémunéré qu’il n’y en a jamais eu dans l’histoire. 40% des travailleurs sont de sexe féminin ! Toutefois les inégalités subsistent : en Afrique du nord et au Moyen-Orient, seulement 21% des femmes sont actrices à part entière du marché, contre 71% en Asie de l’est et dans le Pacifique…

Il faut toutefois reconnaitre l’étendue immense du chemin qui nous reste à parcourir.

En 2014, The Guardian publiait un graphique interactif récapitulant les droits des femmes dans le monde (à visualiser ici)

 Des violences physiques et morales à l’encontre des femmes, tant en temps de paix que de guerre.

Il est nécessaire de constater l’importance des violences faites aux femmes dues à leur sexe, et ce quelle que soit la région du monde. VIDEO

Dans les zones de paix comme en Europe, les violences conjugales sont encore aujourd’hui des sujets tabous, et peu de femmes osent porter plainte auprès d’un tribunal pour de multiples qui incluent la peur de ne pas être entendue, la honte, l’isolement… Le harcèlement de rue est toujours omniprésent et les accusations récentes contre Harvey Weinstein ont démontré l’ampleur du harcèlement sexuel dans les pays occidentaux.

Dans les pays en situation de conflit, les violences contre les femmes sont d’autant plus virulentes et importantes. Ruth Ojiambo Ochieng, directrice générale de Isis-WICCE (Isis Women’s International Cross Cultural Exchange), fait état des violences contre les femmes en temps de conflit. VIDEO

Egalité des salaires, de l’emploi et représentation politique.

Selon l’enquête annuele du forum économique mondial, les différences de rémunération entre les hommes et les femmes restent profondément ancrées. Dans 83 des pays interrogés par une enquête de l’ILO (International Labour Organization), les femmes gagnent 10 à 30% de moins que les hommes. Même dans les pays occidentaux, tels que les Etats-Unis, les femmes travaillant à temps plein gagnaient seulement 77% de la rémunération d’un homme en 2010! Selon l’ILO, si le monde continue dans cette dynamique, il faudra encore attendre 75 ans pour obtenir une égalité des salaires …

Dans le secteur privé comme dans le secteur public, les femmes sont largement moins représentées dans les fonctions à haute responsabilité. Seulement sur 150 présidents démocratiquement élus, 7 seulement sont des femmes ! Le ‘plafond de verre’ des grandes entreprise n’a pas disparu et limite l’accès aux positions de leadership pour les femmes. Aux Etats-Unis, sur les 500 plus grandes entreprises, 23 seulement ont pour PDG une femme.

De plus, les femmes sont loin d’être équitablement représentées en politique. Pour la journée internationale des femmes, Dame Helena Kennedy, membre de la chambre des Lords en Angleterre, déclarait :

“You don’t have to believe in patriarchy to realise that the law was made by men and is dominated by men, and that the same goes for parliament. Which means that in all the making of the law, women are largely absent. It is not surprising that the law doesn’t work for women.”

Dans le monde, les femmes ne représentent en effet que 23,3% des parlementaires…

La majorité juridique et le divorce

Dans de nombreux pays, les femmes sont toujours considérées comme mineures légalement et doivent se référer à un tuteur masculin. C’est notamment le cas en Arabie Saoudite, où elles nécessitent l’accord de ce dernier pour voyager, travailler, se marier, ou encore voir un médecin … mais également en Mauritanie, au Yemen, en Afghanistan, en Egypte, ainsi que dans 11 pays au minimum, d’après l’organisation Womankind WorldWide.

Dans le secteur du travail en particulier, les femmes sont souvent soumises à l’approbation de leur mari, comme en Bolivie par exemple. D’autre part, en Russie, 456 professions sont interdites aux femmes !

Enfin, le divorce est souvent une limite aux droits des femmes: ces dernières n’ont souvent pas le droit de le réclamer, perdent leurs droits si elles le font, ou ont besoin une fois de plus de la permission de leur mari. L’Arabie Saoudite, le Yemen, l’Iran, l’Afghanistan font partie de la liste des pays ayant une telle législation.

L’IVG

Au total, 57 pays seulement autorisent l’avortement sans conditions. La plupart exigent des justifications, l’aval d’un, voire plusieurs médecins ou l’interdissent tout à fait. De plus, même dans les pays où l’avortement est légalisé, sa mise en application peut être compliquée par d’autres facteurs: en Italie notamment, un médecin peut refuser de pratiquer l’avortement par “objection de conscience”. Le droit à l’avortement est donc fragile et il est nécessaire de le consolider.

En effet, y compris dans les pays où il était considéré acquis, il est régulièrement remis en question : en 2014 en Espagne, l’accès à l’avortement ou en 2016 en Pologne, avec interdiction de l’IVG notamment.

 Les droits des femmes dans le monde sont donc fragiles et inégaux. Il est nécessaire de continuer à les consolider. Mais comment ? Lisez notre prochain article pour vous tenir au courant !

 

QUEL FUTUR POUR LES INEGALITES DE SEXE ?

Après avoir eu un petit aperçu des droits des femmes en France et dans le monde, il est temps de clore cette journée avec quelques axes d’action, pour diminuer les atteintes aux droits des femmes dans le monde.

L’UNESCO a pris une grande place dans le débat sur le futur des inégalités de sexe et sur la manière de les diminuer. Selon L’UNESCO, c’est l’éducation primaire, secondaire et supérieure qu’il faut viser.

Reconnaissant le rôle primordial de l’éducation en tant que un des vecteurs principaux de la persistance des inégalités de genre, l’UNESCO l’a inscrite en tant que 5eme axe des Objectifs de Développement Durable (ODD).

De plus, l’UNESCO a mis en place un prix pour l’éducation des filles et des femmes, remis chaque année à deux lauréats, qui reçoivent un montant de 50 000 dollars chacun afin de poursuivre leurs travaux dans le domaine de l’éducation des filles et des femmes.(UNESCO Prize on Girls’ and Women’s Education – 2016 Laureate (Early Childhood Education-Indonesia))

Le défaut de scolarisation des femmes résulte de nombreux facteurs, parmi lesquels ceux-ci :

  1. Les contraintes familiales. Les filles assument souvent des tâches domestiques au sein du foyer, comme au Kenya, ou dasn beaucoup de pays africains. Les parents considèrent de plus, que l’éducation de leurs filles est une perte de temps et d’argent puisque le mariage est souvent célébré très tôt.
  2. Les contraintes sociales. De nombreuses pressions s’exercent pour des mariages précoces, ou à travers des pratiques de harcèlement et des violences sexuelles (aussi bien dans le cadre éducatif que hors de ce cadre). De même, les contraintes religieuses et de la vulnérabilité des femmes de pays peu développés au VIH et SIDA limite leur accès à l’éducation.
  3. Les politiques du système scolaire et pratiques éducatives. Les programmes scolaires, qu’ils se situent dans des pays occidentaux comme moins développés économiquement sont souvent peu en accord avec un public féminin. Loin des préoccupations des femmes, véhiculant des modèles masculins voire sexistes, certains n’incitent que peu à l’instruction des filles à l’école.
  4. Les bénéfices de l’éducation. Même lorsque les filles atteignent la parité en matière d’accès à l’éducation ou de résultats scolaires, cette parité ne donne pas toujours lieu à une égalité quant aux bénéfices de l’éducation, en particulier sur le marché du travail des pays développés. Un fort déséquilibre persiste quand à l’égalité de l’emploi.

 Les inégalités sont donc nombreuses dans le domaine de l’éducation. Pour former les générations futures, c’est en s’attaquant à ce problème majeur que l’UNESCO entend impacter le monde et limiter les inégalités de sexe.

Emma