#4 DOSSIER : Les droits de l’homme en danger

« Nous ne pouvons pas compter sur les gouvernements pour défendre les droits humains, alors agissons nous-mêmes »

Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International

LE RESPECT DES DROITS DE L’HOMME, CETTE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE ENCORE TANT MENACÉE

Tout au long de cette semaine, nous vous avons présenté les textes fondateurs garantissant des droits pour tous les hommes et toutes les femmes indépendamment de toute caractéristique. Nous avons tenté de mettre en avant les défis relevés et les objectifs à venir concernant les droits des femmes, et nous sommes revenus sur de grandes personnalités qui ont fait de ce combat leur lutte quotidienne.

Cependant, cette lutte devrait être celle de chacun d’entre nous, chaque jour, puisqu’aujourd’hui, et partout dans le monde, ces droits sont menacés, bafoués, ignorés. Chaque jour, des hommes et des femmes doivent faire face à des situations où toute humanité disparaît : répression politique, crise des réfugiés, torture, esclavage comme l’a encore démontrée très récemment l’actualité.

Aujourd’hui, nous avons choisi de vous parler de ces situations. Chaque année, un rapport est attendu par nombre d’ONG, mais aussi de gouvernements, d’institutions internationales : le rapport d’Amnesty International.

« C’est un appel aux peuples du monde entier : ne laissons pas les discours de peur, de division et de haine miner nos espoirs de construire une société ouverte et équitable. Si chacun d’entre nous prend position et agit pour protéger les droits humains, nous pouvons inverser la tendance »

 peut-on lire sur le site d’Amnesty International. Le message est clair, nous, en tant que citoyens du monde tenons cette responsabilité, celle d’empêcher des situations où les sécurités environnementale, politique, culturelle, sanitaire sont menacées.

Le constat dressé dans le rapport 2016/2017 est alertant : les droits humains sont en recul dans le monde. Amnesty International se montre très préoccupé par les discours de haine « libérant la face la plus sombre de la nature humaine ». L’ONG pointe du doigt ces dirigeants politiques pointant des groupes de personnes à considérer comme une menace pour les intérêts de leur pays. De moins en moins de dirigeants osent élever la voix pour défendre les droits fondamentaux et un tel recul ne peut qu’engendrer des situations désastreuses. Alep, le Yémen dont la communauté internationale détourne les yeux (voir le dossier de The Economist : Yemen – the war the world ignores), le Darfour, la liste est longue. Amnesty pointe également du doigt l’état d’urgence prolongé en France ou encore des lois de surveillance au Royaume-Uni. C’est au final un triste bilan qui est exposé : sont recensés 23 pays où des crimes de guerre ont été commis et 36 pays ont renvoyé illégalement des réfugiés vers des pays où leurs droits étaient menacés. VIDEO

Mais la conclusion de ce rapport appelle à un nouveau message d’espoir : mobilisons-nous. Mobilisons-nous chaque jour pour que ne soient plus emprisonnés des opposants politiques pacifiques, mobilisons-nous pour apporter une vie décente à des réfugiés qui fuient la guerre, résistons aux discours anti-féministes, xénophobiques, défendons les droits des LGBTI, des femmes, de tous partout dans le monde.

Aujourd’hui, nous reviendrons sur quelques conflits et quelques pays où ces droits, garantis à tous, sont bafoués, restez informés avec nos articles !

 

Lamia

Et pour retrouver le rapport complet d’Amnesty : https://www.amnesty.org/fr/latest/research/2017/02/amnesty-international-annual-report-201617/

 

YEMEN, SYRIE, DES CRISES HUMANITAIRES AUX CONSÉQUENCES DRAMATIQUES

Pour ce deuxième article consacré à la situation des droits de l’Homme dans le monde intéressons-nous à deux conflits, l’un hyper médiatisé et l’autre méconnu et évité par la communauté internationale.Tous les chiffres cités dans cet article proviennent du rapport d’Amnesty International (voir article précédent).

Nous avons choisi de vous présenter tout d’abord la situation au Yémen. Un conflit armé, qualifié de guerre civile, oppose actuellement le gouvernement de Abd Rabbu Mansour Hadi soutenu par l’Arabie Saoudite au groupe armé des Houthis (et alliés de l’ex-président Ali Abdullah Saleh) et ce depuis mars 2015. Les Houthis contrôlent notamment Sanaa, la capitale du pays. A cela, s’ajoute les attentats perpétrés par AQPA (Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) dans le sud du pays. Toutes ces parties au conflit armé ont commis des crimes de guerre entre 2016 et 2017. La coalition menée par l’Arabie Saoudite a notamment reconnu le bombardement d’hôpitaux et des attaques aveugles ayant engendré la mort de centaines de civils. De l’autre côté, les Houthis ont imposé de sévères restrictions à la liberté d’expression ou encore d’association en arrêtant de manière arbitraire nombre d’opposants, journalistes ou défenseurs des droits humains. Des actes de torture et des mariages forcés de petites filles ont également été reconnus comme monnaie courante dans le pays ces derniers mois.

D’après le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ce sont plus de 4 000 civils (dont 1 200 enfants) qui ont été tués et 7 000 blessés depuis le début du conflit. Mais surtout, l’ONU dénombrait 3,27 millions de déplacés et 80% de la population du Yémen (soit 21 millions d’habitants) dépendants de l’aide humanitaire.

Bien que des pourparlers de paix aient été engagés en avril au Koweït, les négociations se sont soldées par un échec en août. Aussi, il faut noter, que les parties au conflit ont restreint la distribution d’aide humanitaire, ce qui n’a fait qu’aggraver la souffrance des civils. Les Houthis ont notamment entravé la distribution de denrées alimentaires, de fournitures médicales dans certaines villes comme Taizz tout en imposant des restrictions à la circulation des biens et des personnels chargés d’opérer dans le cadre humanitaire.

Pour finir cette brève présentation du conflit yéménite, attardons-nous sur les droits des femmes et des filles qui sont toujours plus victimes de discriminations dans le pays que ce soit dans la législation ou la pratique. Elles ne sont notamment plus protégées contre les violences sexuelles, les mutilations génitales et les mariages forcées. Enfin, la peine de mort a été maintenue.

Dans une deuxième partie, nous tenions à revenir sur le conflit syrien qui s’est poursuivi encore tout au long de cette année avec une participation internationale toujours importante. Les forces gouvernementales et leurs alliés contrôlent aujourd’hui la plus grande partie de l’ouest du pays et des régions disputées, avec le soutien des forces russes qui ont menés des frappes de grande envergure sur tout le territoire syrien, tuant et blessant des milliers de civils. Certaines organisations de défense des droits humains accusent même le gouvernement d’avoir volontairement dirigé ces attaques vers les civils, faisant de celles-ci des crimes de guerre. Des agents chimiques ont aussi été utilisées. Dans un même temps, des civils se sont retrouvés privés d’accès à des biens de première nécessité tandis que les arrestations et détentions arbitraires par les autorités se multipliaient dans le pays. Les tortures et mauvais traitement des prisonniers ont conduit à plusieurs décès de prisonniers.

Aussi, l’Etat Islamique demeure une force en présence dans le pays en 2017, le groupe terroriste a en effet mené des attaques aveugles et délibérées envers des civils avec utilisation d’agents chimiques. Des milliers femmes ont été réduites en esclavage sexuel. La coalition contre l’EI menée par les Etats-Unis a procédé à des frappes aériennes provoquant la mort de centaines de civils. Le bilan du conflit s’élève donc à près de 300 000 morts en cette fin d’année 2017 et quelques 6,6 millions déplacés et 4,8 millions de réfugiés à l’étrangers.

Les attaques perpétrées par toutes les parties ont rendu l’apport d’une aide humanitaire compliqué dans de nombreuses villes. Il faut aussi noter que des attaques ont été délibérément menées contre des installations médicales et les personnels de santé pris pour cibles par les forces gouvernementales dans les zones contrôlées par les groupes d’opposition. Ainsi, des colis médicaux dans les convois humanitaires n’ont jamais pu être acheminés. Selon l’ONU, 44 établissements de santé ont été attaqués au cours du seul mois de juillet.

Pour notre dernier article de la journée, nous reviendrons sur deux autres événements qui ont questionné la place des droits de l’homme en cette année 2017 à savoir l’esclavage en Libye et la crise des Rohingyas. Merci de suivre nos articles !

 

NETTOYAGE ETHNIQUE ET ESCLAVAGE, DES RÉALITÉS DU XXIE SIÈCLE

Pour notre dernier article de la journée consacrée aux conflits et situations où les droits de l’Homme sont menacés et bafoués, nous allons faire le point sur deux crises qui ont agité le monde ces derniers mois : la crise des Rohingyas au Myanmar et l’esclavage en Libye.

La crise des Rohingyas

Cette minorité musulmane, considérée comme la grande communauté apatride du monde a vu sa situation se dégrader après l’attaque en octobre d’avant-postes de la police des frontières par des militants Rohingyas. Les forces de sécurité ont riposté à ces attaques par de vastes opérations de « nettoyage » tout en bouclant la zone et en empêchant ainsi les organisations humanitaires, médias et observateurs de s’y rendre et venir en aide aux populations en leur apportant soins et biens de première nécessité. Les forces de sécurité ont ainsi commis des homicides illégaux mais surtout actes de torture et viols. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées suite à la destruction de leur logement et ce sont près de 27 000 personnes aujourd’hui qui se sont réfugiées au Bangladesh. Le retentissement médiatique de cette histoire a été fort notamment avec la diffusion la semaine dernière de vidéos de la « Love Army », un groupe d’humoristes, comédiens et autres personnalités françaises qui se sont rendues sur place afin d’éveiller les consciences et venir en aide aux populations. VIDEO

D’après Amnesty, ces comportements pourraient être définis comme des crimes contre l’humanité mais le gouvernement nie toute atteinte aux droits fondamentaux par les forces de sécurité.

Dans le pays, les Rohingyas et autres minorités musulmanes subissent des restrictions de liberté de mouvement et vivent séparées des autres communautés dans des camps pour personnes déplacées avec un accès limité aux soins e santé mais aussi à l’éducation. L’ONG signale également la précarité de leur sécurité alimentaire. Ainsi, l’intolérance religieuse envers les musulmans s’est accrue au Myanmar sans que les auteurs de ces discriminations ne soient jamais traduits en justice. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein a notamment appelé plusieurs fois les autorités birmanes à donner la permission aux forces de l’ONU et aux ONG d’entrer sur le territoire.

« Ce qui se passe est scandaleux et inacceptable » 

Emmanuel Macron

L’esclavage en Lybie

En ce qui concerne l’esclavage en Libye, ce sont des images diffusées par CNN le 13 novembre 2017 qui ont alerté l’opinion publique internationale sur la gravité des actes commis sur le territoire libyen. En effet, ces images ont déclenché l’indignation générale, le président de la République française, Emmanuel Macron a même dénoncé « un crime contre l’humanité ». Les ONG, elles, accusent les institutions internationales comme l’ONU d’avoir fermé les yeux sur une situation connue et dénoncée depuis maintenant des mois.

On voit en effet sur les vidéos, des hommes entassés, battus, humiliés, vendus aux enchères. Ces hommes sont des migrants africains, « des garçons grands et forts pour le travail de la ferme » comme on peut l’entendre sur les enregistrements. Ils seront vendus pour quelques centaines de dollars ; des Nigérians mais aussi des Maliens ou Nigériens fuyant les situations de conflit dans leur pays et se retrouvant bloqués en Libye à la merci de passeurs. Une enquête a été ouverte par les autorités libyennes, mais dans un pays où la situation humanitaire est aussi catastrophique depuis la chute de Kadhafi, seule la communauté internationale semble être en mesure de pouvoir trouver une issue à ce drame dont sont victimes des milliers d’hommes.

« On en parle depuis longtemps, les prises d’otage, les violences, la torture, les viols sont monnaie courante en Libye »

Alioune Tine, responsable au sein d’Amnesty

En France, un collectif contre l’Esclavage et les camps de concentration en Libye a été créé, il a notamment appelé à plusieurs manifestations durant le mois de novembre à Paris.

Pour plus d’informations, retrouvez cet article : http://www.lefigaro.fr/internationa…