Global Positive Forum

Global positive forum

« Que le monde de demain soit meilleur qu’aujourd’hui ». Quelle belle formule, souvent entendue mais un peu utopiste ? Non. C’est ce qu’ont voulu démontrer plus 1200 jeunes entrepreneurs et porteurs d’initiatives coordonnées par Jacques Attali, célèbre écrivain, économiste et haut fonctionnaire d’Etat (il a notamment fondé la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement). C’est ainsi, que sous le haut patronage du président Emmanuel Macron, s’est tenu le 1er septembre 2017 le Global Positive Forum. Retour sur un évènement inspirant.

Seine Musicale, Ile Seguin (banlieue parisienne), 14h. J’arrive dans cette immense amphithéâtre très beau, dans ce lieu conçu par Shigeru Ban et Jean de Gastines, assez atypique pour ne pas être mentionné. Des centaines de personnes de nationalités différentes font la queue pour assister à la première étape de la « révolution positive ». Mais qu’est-ce que c’est ? Assez simple, c’est tout ce qui s’oppose à la l’économie négative de ceux qui détruisent, polluent, maltraitent et c’est surtout tout ce qui est pensé dans l’intérêt des générations suivantes.

Je suis assez étonnée, je rencontre assez peu d’étudiants et de jeunes mais je comprends vite la raison, la révolution positive, ça a un coût et les premières personnes à convaincre de l’urgence d’entrer en révolution ce sont les investisseurs.

Naturellement, le premier intervenant est donc le ministre de l’économie, Bruno Lemaire qui martèle au long de son discours « pensez global, pensez loin, pensez concret, pensez différent ». Après une (plus ou moins) courte introduction sur la politique économique qu’il compte mener, le ministre prend un air plus grave « la révolution technologique ne nous attendra pas, nous ne sommes pas au niveau ». Pas au niveau, les mots sont forts, l’ambition assumée, un des points majeurs de la révolution positive doit se faire par l’accès et la maîtrise du numérique par tous et pour tous. La question sous-jacente à ce propos est évidemment celle de l’éducation, il faut former les techniciens et ingénieurs de demain, la culture scientifique allait donc être au cœur de ce forum, ce qui a ravi ma petite âme de Scube.

Et en effet, des intervenants d’exception se sont succédé : Idriss Aberkane (docteur en neurosciences appliquées à l’économie), Cédric Villani (mathématicien, médaillé Fields et député de l’Essonne), Dr Denis Mukwege (fondateur et médecin de l’hôpital de Panzi, Congo), Thomas Pesquet (astronaute) mais aussi le Premier ministre islandais, le maire de Sao Paulo, le fondateur de « The Ocean Cleanup », la co- fondatrice du Noise (association étudiante pour l’entreprenariat social et solidaire), la directrice de Women Without Borders, le fondateur de Michel et Augustin, la déléguée au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiées (UNHCR), le rédacteur en chef d’Usbek et Rica, Anne Hidalgo maire de Paris, le président de Veolia et j’en passe tant les acteurs étaient variés, pertinents sur leurs sujets souvent avec des points de vue contradictoires ce qui apportait un réel plus au débat (pour la liste complète des intervenants : http://www.globalpositiveforum.org/fr/intervenants).

Et qui de mieux placé pour parler de révolution positive que le Premier Ministre du pays le plus positif au monde en 2016 ? C’est donc Bjarni Benediktsson, Premier Ministre de l’Islande, pays d’environ 350 000 habitants qui explique la situation de son pays, un des premiers touchés par la crise qui a décidé à présent de concentrer son investissement dans le développement durable. Il prône une « idéologie nordique » très positive, concentrée sur la cohésion sociale.

Autre actrice qui tente de coordonner son mandat autour du développement durable et de la cohésion sociale, Anne Hidalgo – présidente du C40 qui regroupe 90 maires des métropoles les plus importantes autour des questions de lutte contre le dérèglement climatique – rappelle les enjeux climatiques auxquels doivent faire face les villes et expose l’articulation économique-social-écologique que peuvent avoir des mesures comme le retrait progressif de l’automobile à Paris. Pour cela, la croissance doit être inclusive, c’est-à-dire reposer sur la participation des citoyens et le conseil des générations futures. Sont ainsi présentées au public pour lutter contre la pollution des bactéries transportées dans des drones qui pourraient en temps réel mesurer la quantité de polluants atmosphériques dans l’air selon des aires géographiques ultra précises (Quantifly) ou encore des fusées qui peuvent provoquer la pluie !

En parlant des générations futures, celles-ci étaient vivement représentées par les différentes antennes du Noise, association étudiante implantée dans plusieurs grandes écoles (dont Sciences Po), très critiques face à leurs aînés : « vous avez engendré le monde que nous rejetons », le ton est donné, les millenials veulent d’un monde où le bien commun primera sur les intérêts privés.

Enfin je terminerai cette courte présentation par les propos du docteur Denis Mukwege, gynécologue et militant pour les droits de l’Homme (et de la femme) qui m’ont beaucoup touchée et m’ont surtout beaucoup fait réfléchir : le docteur Mukwege originaire de la République Démocratique du Congo sillonne le monde pour sensibiliser chacun aux « quatre cavaliers de l’apocalypse » qui ravagent selon lui l’Afrique : la faim, la soir, la guerre et l’épidémie. Les populations sont victimes d’une crise humanitaire sans précédent et « sur toute la planète, quand il y a des conflits, c’est la femme qui paye ». Sa vie, le Dr Mukwege l’a dédiée à soigner ces femmes qui subissent les viols en tant qu’armes de guerre, des armes aussi fortes que des armes de destruction massive, ces femmes violées devant leurs maris, leurs enfants. Et c’est dans un discours vibrant que le Dr Mukwege a plaidé pour l’enseignement de l’estime de la femme, pour que le fossé criant entre les femmes du Nord et les femmes du Sud soit comblé car il le répète sans cesse, les femmes « sont les mères de notre humanité », elles qui subissent une humiliation sociale et familiale, une exclusion sociale et économique mais en plus de tout cela sont sujettes à des pathologies éradiquées il y a plus de 100 ans en Europe. Au regard de cela, le Dr Mukwege a fondé

l’hôpital Panzi qui fournit en plus de soins médicaux une aide juridique et financière mais surtout une aide pour retrouver la dignité qu’elles pensent avoir perdu.

Au cours, de cet après-midi, comme vous l’aurez compris très enrichissante ont été abordé entre autres les pays émergents, la survie des océans et surtout le rôle des investisseurs, du crowdfunding comme acte citoyen, la finance positive, le capitalisme d’intérêt général (assez technique !) ou encore les nouveaux business modèles…

Petit bémol, le format de l’édition, tous les auditeurs étaient réunis dans un amphithéâtre qui dura plus de 7h (14h à 21h), il était ainsi assez difficile de se concentrer et aucun temps n’était permis pour prendre la parole, poser des questions, je pense que des petites tables rondes thématiques auraient peut-être été plus enrichissantes !

Prochaine étape, plusieurs forums qui auront lieu dans de nombreuses villes mondiales et françaises et la présentation de ces travaux au Président de la République.

Comme le disait l’écrivain Gabriel Garcia Marquez, « N’attendez rien du XXIème siècle… parce que le XXIème siècle attend tout de vous », tomorrow can be better than today.

Lamia MOUNAVARALY, membre de l’Unescube