#2 Israël, les États-Unis et l’Unesco

Le jeudi 12 octobre dernier, le retrait des Etats-Unis de l’UNESCO, suivi de près par celui d’Israël a bousculé l’actualité de l’organisation internationale et a déclenché de fortes réactions dans l’espace médiatique international. Le département d’Etat Américain entend ainsi dénoncer l’évolution « anti-israélienne » de l’UNESCO au cours des dernières années.


L’UNESCO et le conflit Israélo-palestinien : un sujet souvent conflictuel 

Depuis sa naissance, le conflit israélo-palestinien se joue à de nombreuses échelles, notamment internationale, et au sein de l’UNESCO en particulier, où de nombreux contentieux ont vu le jour entre les décisions de l’organisation internationale et l’Etat hébreu. La montée des tensions s’est particulièrement accentuée en 2011, quand la Palestine se voit attribuer le statut de membre de l’UNESCO. Depuis, les différents partis du conflit s’opposent au sein de l’organisation. En mai dernier, une résolution sur le statut de Jérusalem avait déjà fait polémique. Depuis, en juillet, l’inscription de Hébron, ville biblique en Cisjordanie au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que site palestinien avait déclenché la fureur d’Israël, qui dénonce aujourd’hui l’organisation comme un « théâtre de l’absurde qui déforme l’Histoire, au lieu de la préserver » (d’après le bureau de Benyamin Netanyahou).

Le débat passionné entre les deux partis ne saurait se résumer en quelques lignes mais il est juste de souligner l’importance de la reconnaissance à la fois des droits des Israéliens et des Palestiniens pour permettre le dialogue. Les deux récentes résolutions de l’UNESCO, l’une concernant Jérusalem, puis Hébron reviennent toutefois à nier tout lien entre le judaïsme et ces villes. Ce point mérite d’être abordé puisqu’au-delà d’être faux historiquement, il mène à des incompréhensions religieuses et à une impossibilité de travailler vers une paix durable politiquement. Pour ne reprendre que l’exemple de la ville d’Hébron, elle abriterait à elle seule les dépouilles d’Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs épouses. Y sont ainsi réunies les fois musulmanes, juives et chrétiennes. Exclure l’une d’entre elles ne peut produire qu’incompréhension et ignorance et va à l’encontre des idéaux de paix de l’UNESCO.

Le Quartier Général de l’UNESCO à Paris, France                                                           © UNESCO/Ignacio Marin

Quelles conséquences concrètes du retrait des Etats-Unis pour l’UNESCO ?

Il ne faut pas oublier que dès 2011, les Etats-Unis avaient enlevé leur soutien financier à l’UNESCO en réaction à l’admission de la Palestine comme Etat membre et avaient ainsi privé l’organisation de 20% de son financement. Les Etats-Unis s’étaient vus retirer deux ans plus tard leur droit de vote. La décision de jeudi dernier qui ne sera effective qu’en décembre 2018, n’affectera donc pas directement le fonctionnement de l’UNESCO. Les Etats-Unis conservent de plus un statut d’observateur pour continuer d’apporter la « vision » et « l’expertise » américaines sur certains dossiers.

En 1984, les Etats-Unis s’étaient déjà retirés une fois de l’organisation internationale pour peu ou prou les mêmes raisons et ne l’ont réintégrée que 18 ans plus tard, avec George W. Bush. La réintégration est donc un processus possible, bien que complexe, et c’est pourquoi les responsables actuels de l’UNESCO se sont évertués à prôner le multilatéralisme et à déplorer la décision des Etats-Unis et d’Israël.

Le rejet du multilatéralisme par les Etats-Unis s’inscrit toutefois dans la continuité de la politique d’isolationnisme menée par Donald Trump depuis le début de son mandat. Cette décision symbolise le rejet de recherches communes de solutions aux crises internationales. Or, comme l’a déclaré I. Bokova, la directrice générale de l’organisation, dans un communiqué qui a suivi l’annonce de retrait des Etats-Unis :

« L’universalité est essentielle à la mission de l’Unesco pour construire la paix et la sécurité internationales face à la haine et à la violence, par la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine. »

La candidature de la française Audrey Azoulay (lire son portrait ici) saura peut-être concilier les puissances en jeu et « restaurer la crédibilité » de l’organisation ainsi que « la confiance des Etats membres ».

 

Emma Dahan, membre de l’Unescube

NB : cet article a été rédigé dans un but de synthétiser des évènements complexes et délicats. J’ai tenté de rester au plus près des faits, mais cette crise est nécessairement sujette à controverse. Je m’excuse donc pour toute subjectivité et vous enjoins à contribuer à la discussion dans les commentaires, dans le respect de tous.