#1 Taputapuatea

Marae Taputapuatea au Patrimoine de l’Unesco

Le marae de Taputapuātea a été inscrit le 9 juillet 2017 au Patrimoine mondial de l’Unesco, à l’occasion de la 41e session du Comité du Patrimoine mondial en Pologne. Taputapuātea est un paysage culturel, terrestre et marin situé au centre du Triangle polynésien sur l’île de Raiatea, aussi nommée l’île sacrée. Raiatea est au cœur géographique et culturel de la civilisation Maohi depuis les premiers peuplements des îles du Pacifique, dernière partie du globe à avoir été peuplée par les sociétés humaines.

Les marae sont des espaces sacrés, cérémoniels et sociaux, que l’on rencontre dans tous les archipels en Polynésie. Le marae de Taputapuātea est un des marae les plus importants de Polynésie tant pour sa dimension symbolique que pour sa superficie de plus de 2000 hectares recouvrant le Sud de l’île. Cet ensemble édifié de pierres s’ancre entre la montagne et l’eau, à l’extrémité d’une péninsule qui s’avance dans le lagon entourant l’île.

Au centre de l’ensemble du marae Taputapuātea se trouve l’édifice Taputapuātea lui-même, qui est dédié au dieu ‘Oro et est l’endroit où le monde des vivants (Te Ao) croise le monde des ancêtres et des dieux (Te Pō). Il exprime également le pouvoir et les relations politiques. L’importance croissante de Taputapuātea parmi les marae de Raiatea et dans la région plus large est liée à la dynastie des ari’i (chefs) Tamatoa et à l’expansion de leur pouvoir.

Taputapuatea est un centre politique, cérémoniel, funéraire et religieux majeur, il fut le centre de l’influence religieuse et politique de la lignée des grands ari’i de Opoa, qui eut une importance centrale sur l’histoire non seulement des Iles de la Société, mais également des Iles Cook, et aussi une partie des îles Australes. Le nom de Taputapuātea est si prestigieux qu’on le retrouve, sous différentes formes, jusque dans les Tuamotu (Fakarava), à Aotearoa (Nouvelle-Zélande), et à Hawaii (archipels distants de plus de 7000 km à vol d’oiseau). Il est devenu un lieu central incontournable de l’expression de l’identité maohi.

Les paysages culturels sont une catégorie créée par l’Unesco en 1992 définie comme « des œuvres conjuguées de l’être humain et de la nature », qui expriment « une longue et intime relation des peuples avec leur environnement ». Le bien est un paysage culturel relique et associatif dont les attributs sont matériels (sites archéologiques, lieux associés à une tradition orale, marae) et immatériels (récits des origines, cérémonies et savoir traditionnel).

Critère (iii) : Taputapuātea illustre 1 000 ans de civilisation mā’ohi. Cette histoire est représentée par l’ensemble du marae Taputapuātea en bordure de mer et la diversité des sites archéologiques dans les hautes vallées. Cet ensemble reflète l’organisation sociale avec des paysans vivant dans les hautes terres et des guerriers, des prêtres et des rois établis près de la mer.

Critère (iv) : Taputapuātea offre des exemples éminents de marae : des temples avec des fonctions cultuelles et sociales, construits par le peuple mā’ohi du XIVe au XVIIIe siècle. Les marae étaient les points d’intersection entre le monde des vivants et celui des ancêtres. Leur forme monumentale reflète la concurrence entre les chefs ari’i pour obtenir prestige et pouvoir. Le marae Taputapuātea est lui-même une expression concrète de l’alliance capitale formée par sa hiérarchie de chefs et le culte qui lui était associé, des pierres de ce marae étant transportées sur d’autres îles pour y fonder d’autres marae du même nom.

Critère (vi) : En tant que foyer ancestral de la culture polynésienne, Taputapuātea revêt une importance exceptionnelle pour les peuples de la Polynésie tout entière, par la manière dont il symbolise leurs origines, les relie à leurs ancêtres et en tant qu’expression de leur spiritualité. Ces idées et connaissances vivantes sont inscrites dans les paysages terrestres et marins de Raiatea et, en particulier, dans les marae pour les rôles centraux qu’ils jouèrent autrefois.

Le paysage culturel Taputapuatea est à la fois le 29ème site classé dans le Pacifique, le 38ème site français, et le 3ème en Outre-mer, après le lagon et récif de Nouvelle-Calédonie et les pitons et cirques de la Réunion, à posséder le label de Patrimoine mondial de l’Unesco.

Natacha Binard, Membre de l’UNESCUBE