Le Parcours Civique & la Scube

Le Parcours Civique est un volet majeur de la Réforme du Collège Universitaire de Sciences Po, mise en place en 2017. La promo 12 des Scubes a donc été la première à l’expérimenter. De nouvelles obligations de scolarité sont apparues : lettre d’engagement, stage civique de terrain, projet libre de deuxième année… Pour y voir plus clair, voici les explications et témoignages de trois Scubes : Héloïse, Sofiane et Elise.

Héloïse – le choix de l’humanitaire

« J’ai fait mon stage civique dans une association humanitaire franco-camerounaise. Le stage civique est la première étape du parcours civique. C’est une obligation de scolarité qui remplace le stage ouvrier depuis la réforme du collège universitaire. Le but du stage est de s’engager pour une cause auprès d’une population. Souvent c’est une population victime de discrimination, d’injustice ou de marginalisation. Il est très important que le stage comprenne une dimension pratique et une proximité avec le public choisi. Par ailleurs, le stage doit durer environ un mois et l’élève doit travailler 35 heures par semaine.

La recherche du stage est enthousiasmante : les Scubes font des choix très différents et tous intéressants. Certains préfèrent s’engager chez eux, dans des hospices, des hôpitaux et des écoles, d’autres s’investissent à Paris à la Banque alimentaire notamment ou dans des associations féministes. J’ai pour ma part choisi d’être volontaire au Cameroun dans l’association éduc’Actions pour l’Afrique. J’ai trouvé ce stage grâce à un mail envoyé par des étudiant-e-s de Sciences Po investi-e-s dans l’organisme. La recherche d’un stage peut se faire auprès d’associations à Sciences Po (notamment Ninos de Guatemala, Aisec Sciences Po pour celles-ceux qui souhaitent voyager). Des opportunités de stage peuvent aussi venir de rencontres avec d’autres Sciences Pistes. Les groupes facebook et le site de Sciences Po Carrières sont aussi d’excellentes ressources pour trouver un stage. Enfin, il est aussi possible de postuler spontanément dans des associations et infrastructures de sa ville d’origine (Emmaüs, Secours Populaire, les Maisons pour tous…).

En ce qui concerne les démarches, bien que Sciences Po ait mis en avant certains critères nécessaires à la validation du stage, le fait que l’administration accepte ou non un stage est un processus assez sombre. Certain-e-s étudiant-e-s se sont vu-e-s valider des stages à peine civiques tandis que d’autres n’ont pas pu accomplir des expériences à la dimension plus humaine. L’administration a presque refusé mon stage à deux reprises (volume horaire théorique étendu sur six semaines, mise en question de la dimension humanitaire). Il faut s’armer de patience et ne pas renoncer à son stage si on le souhaite vraiment !

Dans le cas d’un stage à l’étranger, les démarches auprès de l’association peuvent être longues et prenantes. Les préparatifs avant le départ (vaccins, passeport, visa) coûtent en temps et en argent. Faire le choix de l’humanitaire en Afrique c’est aussi se préparer auprès de l’association et au sein d’une équipe. C’est un investissement beaucoup plus lourd que ce qui est écrit sur une convention. Quand certains trouvent un stage en mai près de leurs logements, celles et ceux qui partent en humanitaire doivent se préparer en amont. Par exemple, je suis brestoise et l’organisation pour assister au temps de réunion, voir les autres stagiaires parisiens pour préparer les cours, faire les vaccins et le visa (sur des créneaux réduits à l’ambassade du Cameroun) représente un budget temps, énergie et argent conséquent. Enfin partir au Cameroun représente un stress (positif). Surtout si, comme pour moi, c’est un premier voyage en Afrique et que cela est très éloigné des habitudes et des perspectives familiales.

Néanmoins c’est une expérience que je recommande vivement. Selon moi c’est l’un des atouts majeurs de cette réforme. Le stage civique permet d’aller à la rencontre de l’autre et de l’inconnu. Je n’aurais jamais pensé avoir la chance de me rendre en Afrique au cours de ma première année. Le Cameroun c’est une atmosphère très différente de celle en Bretagne. Le premier choc c’est le statut indéniable de la femme blanche. De plus, l’importance et la cohabitation des religions, l’omniprésence de l’armée, la culture politique et les mœurs sont des caractéristiques du Cameroun effrayants, dépaysants et fascinants. La diversité des ressources, souvent exploitées par des asiatiques et des européens, nombreux paysages encore sauvages et des tribus isolés sont saisissants. Au-delà de ça, c’est aussi la dimension humaine qui rend cette expérience unique. Le contact auprès d’un public scolaire adolescent et l’équipe des stagiaires sont des opportunités incroyables pour se lier des amitiés. J’ai pu rencontrer des locaux dans de très grandes difficultés matérielles, sanitaires et émotionnelles. J’ai aussi échangé avec des personnalités économiques du Cameroun et des expatriés français avec qui je garde contact. C’est une expérience très différente de celle d’une première année scube bien qu’elle soit tout aussi humaine et inoubliable.

Pour conclure, je pense que le stage civique est une opportunité pour les Scubes de s’investir dans un projet personnel résolument humain. Le vrai aspect négatif de cette réforme est le défaut de l’accompagnement voir les difficultés rencontrées avec l’administration. »

Sofiane – Un engagement pour l’environnement

« On nous a demandé de construire pendant les trois années de collège universitaire un « projet civique ». Pour l’expliquer simplement, c’est un engagement qui rythmera nos trois premières années au travers  d’une lettre d’engagement, de notre stage de fin de première année,d’un projet libre de deuxième année et d’un projet optionnel à mener lors de notre 3A.

Pour mon projet civique, j’ai choisi de m’engager dans le domaine de l’environnement. Pour beaucoup de Scubes, les enjeux environnementaux sont au centre de leurs préoccupations et je ne fais pas exception. Le projet civique a donc été pour moi l’occasion de m’engager davantage dans cette cause qui me tient à cœur. Ainsi, après ma lettre d’engagement est venue l’heure du stage. J’ai effectué le mien au sein d’une association à Paris qui s’occupe de sauver des invendus alimentaires du gaspillage au bénéfice d’associations caritatives (Emmaüs, Restos du Cœur…). C’est donc une association à la fois écologique mais aussi solidaire. J’ai trouvé ce stage très enrichissant et intéressant parce que je me suis senti utile, mais aussi parce que j’ai pu rencontrer des gens qui partageait cet intérêt pour la cause environnementale. Le stage n’est pas quelque chose de nouveau à Sciences Po mais le fait de devoir effectuer un « stage civique de terrain » en lien avec notre thème d’engagement est une nouveauté amenée par le projet civique. J’ai vraiment trouvé que c’est une bonne chose parce que c’est cette exigence d’effectuer un stage en rapport avec le projet civique qui m’a amené vers cette association que je ne connaissais pas du tout avant et j’ai vraiment adoré ce stage.

Le parcours civique impose ensuite pendant la 2A de mener un projet libre. Il fallait donc m’engager au sein d’une association qui lutte en faveur de l’environnement. J’ai décidé de conserver cette articulation entre écologie et solidarité qui caractérisait l’association dans laquelle j’ai fait en devenant bénévole à la fondation GoodPlanet. C’est la fondation crée par Yann-Arthus Bertrand et qui a aménagé un château au cœur du bois de Boulogne pour en faire un musée mais aussi un lieu de vie, de débats, de rencontres où les enjeux écologiques et la solidarité sont au cœur des expositions et des conférences qui y sont organisées chaque semaine. Je participe donc au bon fonctionnement de ce lieu que j’adore alors même que je ne le connaissais pas avant d’y devenir bénévole.

En un mot, le projet civique est contraignant (contenu du stage, temps à consacrer à son projet libre de 2A…) mais c’est vraiment une occasion de s’immerger dans le monde associatif dans un domaine qui nous plait, de découvrir de nouvelles choses, de rencontrer de nouvelles personnes et pour ma part, je trouve ce projet civique est très enrichissant 😊 »

Elise – ou comment mater l’administration

« L’année dernière, Sciences Po a lancé sa réforme du collège universitaire afin que le bachelor soit reconnu au niveau national comme une licence. Le parcours civique est une des nombreuses nouveautés. Ce parcours a pour but de nous encourager à nous engager pour des causes qui nous tiennent à cœur. La première étape fut d’écrire une lettre d’engagement pour définir les domaines dans lesquels on souhaitait s’engager. Pour moi le choix était assez simple : je suis assez touchée par les problématiques d’égalités des chances, je joue aux échecs en compétition depuis maintenant treize ans et c’est un sport très utile pour développer des qualités nécessaires à la a réussite scolaire. J’ai donc décidé d’axer mon parcours sur le développement des échecs pour les enfants défavorisés. Pour avoir une première expérience, nous avons mis en place, avec un autre Scube joueur d’échecs, Arthur Frantz, des animations échecs dans un centre d’aide au devoirs une heure par semaine, en partenariat avec Scoubidoo, une association de Sciences Po durant le 2eme semestre de 1A. Ce premier pas a été une réussite, les enfants étaient très motivés, plus que ce que nous pensions et ce jusqu’à la fin de l’année.

Ensuite, nous avons dû faire un stage d’un mois à la fin de notre première année, ce stage devant être en lien avec les thèmes énoncés dans notre lettre d’engagement. Pour ma part, j’ai eu la chance de partir en Roumanie. C’est un pays où les échecs sont très développés et je voulais voir comment. J’ai fait mon stage à l’assistance sociale et médicale de Cluj et j’ai découvert tous les différents services. Finalement je n’ai pas fait énormément d’échecs là-bas, j’ai juste joué quelques jours avec des retraités dans un centre de jour, un des services de la direction générale d’assistance sociale. Cela m’a tout de même permis de me rendre compte d’une autre des facettes du jeu : la socialisation et la lutte contre l’isolement. Cependant, au-delà de cet aspect théorique, ce stage a été une véritable aventure humaine, les gens que j’ai rencontré étaient très ouverts et grâce à eux j’ai pu apprendre beaucoup de choses. Sciences po m’a d’abord refusé le stage à cause de la langue et du fait que je ne pourrais pas être en contact direct des populations. Heureusement j’ai pu négocier en disant que j’apprenais le roumain et que la plupart des personnes parlaient anglais.

En deuxième année, il faut aussi faire un stage, le projet libre, mais cette fois tout au long de l’année, à raison de deux à trois heures par semaine. Si certains ont du mal à trouver, pour moi ça n’a pas été un problème et j’ai rapidement pris contact avec un collège, le collège Thomas Mann, qui accueille surtout des élèves en difficultés. Après une réunion avec eux, nous nous sommes finalement mis d’accord sur une formule avec une heure d’échecs et une heure d’aide aux devoirs. Cet arrangement me convient parfaitement car il permet de diversifier les approches avec les élèves et de multiplier les compétences acquises grâce à ces expériences. Début du stage le 6 Novembre, à suivre… »

Merci à Héloïse, Sofiane et Elise pour leurs explications de qualité, qui sauront aider les futures générations Scubes à s’orienter dans le sinueux Parcours Civique !

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